Trois contrats, trois logiques financières opposées. En cession, le producteur est payé d’avance et ne touche jamais la billetterie. En coréalisation, producteur et lieu partagent la recette et le risque. En coproduction, ils cofinancent le spectacle en amont et partagent bénéfices comme pertes. Choisir le mauvais montage, c’est se retrouver à porter un risque de remplissage qu’on n’avait pas budgété.
Sommaire
Le vrai critère de choix : qui supporte le risque de billetterie
La distinction qui compte n’est pas juridique, elle est financière : qui perd de l’argent si la salle est à moitié vide ? En cession, le diffuseur porte tout. En coréalisation, le risque est partagé au prorata négocié. En coproduction, le risque se joue en amont, sur le financement de la création, avant même la première date.
| Critère | Cession | Coréalisation | Coproduction |
|---|---|---|---|
| Risque billetterie | Diffuseur seul | Partagé producteur / diffuseur | Sans objet (montage amont) |
| Nature juridique | Contrat de cession de droits | Contrat innomé (Code civil) | Société en participation (SEP) |
| Flux financier | Prix forfaitaire versé au producteur | Partage des recettes selon % négocié | Apports croisés, partage des résultats |
| Phase du projet | Diffusion | Diffusion | Production (amont) |
| TVA billetterie | 5,5 % | 5,5 % (20 % si « à l’envers ») | Selon le contrat de diffusion associé |
La cession : un prix fixe, zéro risque billetterie pour le producteur
Le producteur vend son spectacle à un prix forfaitaire négocié. Il est payé que la salle soit pleine ou vide, et le diffuseur encaisse l’intégralité de la billetterie — donc assume seul le risque de remplissage. Le prix de cession doit couvrir toutes les charges du producteur (cachets, charges sociales des intermittents, transport, défraiements) plus sa marge, puisqu’il ne touchera rien d’autre.
Un point de vigilance échappe souvent aux équipes. Les deux parties sont solidaires sur les plans social et fiscal : l’article R.8222-1 du Code du travail déclenche cette solidarité dès 5 000 € HT. Concrètement, le diffuseur doit vérifier que le producteur est à jour de ses obligations sociales, sous peine d’être tenu responsable à sa place. Cette mécanique est détaillée dans la fiche « contrat de cession » du Centre national de la danse.
La coréalisation : recettes partagées, risque partagé
Producteur et lieu partagent la billetterie selon un pourcentage négocié, et chacun assume ses propres charges. Personne n’est payé d’avance : le résultat de chaque partie dépend directement du remplissage. C’est le montage où l’on gagne plus quand ça marche, et où l’on perd quand ça ne marche pas.
Juridiquement, c’est un contrat « innomé » : aucun texte spécifique ne l’encadre, il relève du seul Code civil, et le minimum garanti reste facultatif. Un piège fiscal mérite attention : la « coréalisation à l’envers », où c’est la compagnie qui verse un minimum garanti à l’organisateur, fait basculer la TVA applicable de 5,5 % à 20 % et fragilise financièrement la compagnie. Le mécanisme est documenté dans le précis juridique d’ARTCENA sur le contrat de coréalisation.
La coproduction : un cofinancement en amont, pas un contrat de diffusion
La coproduction n’organise pas une date : elle finance la création du spectacle. Plusieurs structures apportent des moyens , argent, personnel, plateau, résidence — avant la diffusion, puis se partagent les résultats de l’exploitation. C’est une erreur fréquente de la ranger au même niveau que la cession et la coréalisation : elle intervient en amont, sur un autre plan.
Juridiquement, elle s’analyse en société en participation (SEP) : les coproducteurs partagent les bénéfices et les pertes au prorata de leurs apports. Point de vigilance financier : les apports en nature, notamment la mise à disposition de personnel, doivent être surveillés au regard des règles sur le prêt de main-d’œuvre. Ces qualifications sont précisées dans la fiche « contrat de coproduction » du Centre national de la danse.
Exemple chiffré : le même spectacle dans trois montages
Prenons une date unique. Jauge de 400 places, prix net moyen de 20 € par billet, soit une recette maximale de 8 000 €. Côté compagnie, le spectacle coûte 4 000 € (cachets, charges sociales, transport). Côté lieu, 2 000 € de frais (accueil, technique salle, communication). On compare une cession à 5 000 € et une coréalisation partagée 65 % producteur / 35 % lieu.
| Remplissage | Cession (prix 5 000 €) | Coréalisation (65 / 35) |
|---|---|---|
| Salle pleine (8 000 €) | Producteur +1 000 € / Lieu +1 000 € | Producteur +1 200 € / Lieu +800 € |
| Salle à 62 % (5 000 €) | Producteur +1 000 € / Lieu −2 000 € | Producteur −750 € / Lieu −250 € |
La lecture est nette. En cession, le producteur gagne 1 000 € quoi qu’il arrive ; c’est le lieu qui plonge quand la salle est vide, avec un point mort à 350 billets sur 400 — soit près de 88 % de remplissage juste pour l’équilibre. En coréalisation, le producteur gagne davantage quand ça marche (+1 200 €) mais perd quand ça ne marche pas (−750 €) : il a troqué la sécurité contre un potentiel de hausse, et le point mort de chacun est plus bas car aucune charge fixe de cession n’alourdit le budget.
La coproduction ne se lit pas sur une date. Si deux structures cofinancent les 4 000 € de création (2 000 € chacune) et partagent les résultats 50/50, un bénéfice de 3 000 € sur la tournée rapporte 1 500 € à chacune, et une perte de 2 000 € se répartit à 1 000 € chacune. La logique SEP joue sur toute la durée de vie du spectacle, pas sur un soir.
Ces montants sont une modélisation illustrative, pas une moyenne sectorielle : prix de cession, taux de partage et jauges se négocient au cas par cas. Modéliser les trois scénarios avant de signer évite de découvrir le risque après coup. Breakly est un outil SaaS conçu pour la gestion budgétaire du spectacle vivant, qui intègre un simulateur de point de rentabilité permettant de tester chaque montage sur un budget de production réel.
Les montages hybrides : cession avec intéressement, coréalisation avec MG
En pratique, les contrats purs sont rares. On combine sécurité et potentiel de hausse pour déplacer le curseur du risque :
- Cession avec intéressement : le producteur touche un prix plancher garanti, plus un pourcentage au-delà d’un seuil de recettes. Il sécurise sa marge tout en conservant un bonus si le remplissage dépasse le niveau prévu.
- Coréalisation avec minimum garanti : le producteur négocie un plancher — il touche au moins un montant fixe, puis partage au-delà. Il réduit son exposition à la perte sans renoncer entièrement au partage.
La règle est constante : plus le producteur veut de sécurité, plus il cède de potentiel de hausse, et inversement. Chaque seuil, chaque pourcentage se chiffre avant signature.
Les postes qui changent selon le montage : TVA, charges sociales, droits d’auteur
Au-delà du partage des recettes, trois postes basculent d’un montage à l’autre et doivent être attribués noir sur blanc dans le contrat, sous peine de double charge ou d’oubli :
- TVA : la billetterie du spectacle vivant relève du taux réduit de 5,5 %. Une coréalisation « à l’envers » peut requalifier le flux en prestation de service à 20 %, un écart qui grève directement la marge de la compagnie.
- Charges sociales des intermittents : en cession, le producteur emploie les artistes et intègre les charges au prix. En coréalisation ou coproduction, il faut désigner l’employeur ; un organisateur occasionnel passe par le GUSO pour déclarer cachets et charges.
- Droits d’auteur (SACEM, SACD) : c’est en principe la structure qui exploite la billetterie qui déclare et acquitte les droits — souvent le diffuseur en cession, la partie qui encaisse en coréalisation. À trancher au contrat.
Reste la clause d’annulation, souvent négligée : elle détermine qui supporte les frais déjà engagés (cachets, technique, communication) en cas d’intempéries, de jauge réduite ou de force majeure. Centraliser ces postes — engagements, cachets, droits, TVA — dans un même budget évite qu’ils se dispersent entre plusieurs fichiers ; c’est la fonction d’un outil dédié comme Breakly, pensé pour le pilotage financier des productions.
FAQ
Qui paie les droits SACEM et SACD selon le montage ?
En règle générale, la structure qui exploite la billetterie et organise la représentation déclare et acquitte les droits d’auteur : le diffuseur en cession, la partie qui encaisse les recettes en coréalisation. Le contrat doit le préciser explicitement.
Un minimum garanti est-il obligatoire en coréalisation ?
Non. Le minimum garanti est facultatif. Il se négocie pour réduire le risque du producteur. Sans MG, le producteur ne touche que sa part des recettes réelles, quel que soit le remplissage.
Quel taux de TVA s’applique à la billetterie d’un spectacle ?
La billetterie du spectacle vivant bénéficie du taux réduit de 5,5 %. Attention : certains montages, comme la coréalisation « à l’envers », peuvent requalifier le flux à 20 %.
Qui supporte le risque en cas d’annulation ?
Cela dépend du contrat et c’est précisément l’un des points à trancher. Une clause d’annulation précise qui supporte les frais engagés et dans quels cas (force majeure, intempéries). Sans clause, les litiges sont fréquents.
Peut-on cumuler coproduction et cession pour un même spectacle ?
Oui, et c’est courant. Un spectacle est coproduit en amont, pour financer la création, puis diffusé via des contrats de cession ou de coréalisation. Les deux logiques se superposent : l’une finance, l’autre exploite.



